Archive pour janvier, 2008

Le jour (2)

28 janvier 2008

J’écoute le bruit qui vient de la masse. Cette masse informe de cousins et de cousines, d’oncles et de tantes. Ma grande famille.

Ils sont nombreux, bruyants, agités. Ils rient très fort en se moquant un peu. Rire du petit. Rire du faible. Ca les rassure. C’est un besoin. Ma famille est petite, je suis petite, ils le savent, ils se moquent. Ma famille est faible, je suis faible, ils le croient, je les méprise.

Ce sentiment m’envahit avec une lente douceur. Le mépris. Un picotement amer dans la gorge coupe le son de ma voix, m’ôte les mots de la bouche. J’aimerais leur dire, mais le silence se fait. Le refrain s’écrit alors de lui-même autour de moi. Elle n’est pas bien bavarde cette petite. Elle n’est pas bien grosse cette petite.

Toujours au milieu. Pousse-toi du milieu. Un oncle a pris l’habitude de faire remarquer ma présence comme une anomalie. C’est pour rire me rassure-t-on en riant. Le mépris me grignote à présent. Il s’empare de moi.

Je vais m’enlever du milieu, je vais rester sur le bord du chemin. Riez du petit. Riez du faible.

Je suis là, je vous écoute.

(A suivre)

Féodora

Le jour (1)

22 janvier 2008

L’air se charge d’eau. Le sol tremble un peu. La forêt gronde. Il va falloir payer ce jour, il a fait si chaud.

Quelque chose approche des fenêtres de la maison. Les démons échaudés s’éveillent. Un vent de colère fracasse les vitres, une averse en furie frappe les tuiles de la maison, une main folle s’empare d’une chaise et en tambourine le sol. Les démons échaudés sont dans la maison. Les animaux dans la forêt, tapis, hurlent. Une bouche folle s’ouvre béante. Je suis aspirée par son chant de mort. Mon cœur chavire, mon âme implose. Je n’existe plus.

La vie, du revers de sa main, vient de m’écarter de son chemin. Le vrombissement du monde, ses rires, ses joies et ses peines, siffle à toute allure à quelque distance de moi. Il m’échappe méchamment.

Les démons satisfaits se retirent en m’épinglant de leurs pupilles rougies. « Reste là, sur le bord du chemin », incantent-ils à mon endroit.

Je reste là, sur le bord du chemin. Je regarde la vie s’écouler à quelque distance de là.
Je deviens celle qui écoute.

(A suivre…)

Féodora