J’écoute le bruit qui vient de la masse. Cette masse informe de cousins et de cousines, d’oncles et de tantes. Ma grande famille.
Ils sont nombreux, bruyants, agités. Ils rient très fort en se moquant un peu. Rire du petit. Rire du faible. Ca les rassure. C’est un besoin. Ma famille est petite, je suis petite, ils le savent, ils se moquent. Ma famille est faible, je suis faible, ils le croient, je les méprise.
Ce sentiment m’envahit avec une lente douceur. Le mépris. Un picotement amer dans la gorge coupe le son de ma voix, m’ôte les mots de la bouche. J’aimerais leur dire, mais le silence se fait. Le refrain s’écrit alors de lui-même autour de moi. Elle n’est pas bien bavarde cette petite. Elle n’est pas bien grosse cette petite.
Toujours au milieu. Pousse-toi du milieu. Un oncle a pris l’habitude de faire remarquer ma présence comme une anomalie. C’est pour rire me rassure-t-on en riant. Le mépris me grignote à présent. Il s’empare de moi.
Je vais m’enlever du milieu, je vais rester sur le bord du chemin. Riez du petit. Riez du faible.
Je suis là, je vous écoute.
(A suivre)
Féodora