Mon oncle creuse un trou géant. Il s’est mis en tête de faire une piscine. Il y travaille avec acharnement. Très régulièrement. Il creuse la terre dans son néant, la retourne, soulève d’énormes pierres à la seule force de ses bras. Sa peau défiant le plomb brulant du jour.
Le choc de la pioche contre le corps sec de la pierre blanche scande les heures lentes de l’après-midi. Parfois les heurts s’interrompent et laissent place au bourdonnement du sang bouillant sur nos tempes pressées. Il fait si chaud.
La terre se caramélise en un entêtant parfum de miel et de thym et la garrigue alentour se fait morte. L’air rentre comme du coton dans la poitrine. On a cessé de parler pour économiser les corps déjà vaincus. Des regards entendus se croisent. Patience. Le ciel vire au blanc sous les paupières qui se ferment, saturées.
Nous sommes tous tendus vers l’attente du soir, quand la pioche aura cessé de réduire la roche en une poussière acérée, quand la chaleur obsédante du jour, lassée de sa propre pesanteur, déliera nos bouches, et rendra à nos corps leurs danses suspendues.
(A suivre)
Féodora