Le Basson (Suite et Fin)

13 mai 2008

La vie poursuit son cours indélébile. Le jour s’étire de tout son long, repoussant la musique toujours un peu plus loin. Elle m’échappe. Je l’abandonne.

Les heures s’accordent docilement aux couleurs du ciel et aux parfums du dehors portés par le vent, comme un lot de consolation. Régulièrement, les lunes se succèdent, ponctuelles, et font rejaillir ça et là, les regrets.

De temps en temps, je m’inflige le spectacle de ce qui aurait pu être, et m’invente des lunes, qui me perforent de leurs ombres géantes. Parfois, dans la cuisine, je mets la radio. La musique m’accompagne dans mes tâches diverses et variées, essentielles et banales. Il faut manger pour vivre, et la musique dans l’appareil me crépite que tout ceci n’est que le début d’un grand tout, insatiable. Manger ne suffira pas. Vivre non plus.

Alors qu’il n’en est rien, les choses se font étranges et menaçantes. Ma vie prend un cours improvisé où chaque obstacle prend sa place impunément, avec aise. Et ce que je croyais être l’horizon s’agglutine chaque jour en un amas de souvenirs malades.

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Ce que je n’avais pas prévu, alors, au-delà de l’exercice impossible du deuil éternel qu’est devenu la musique, c’est que son parfum est plus violent que les déchirures de ses épines.

Vivre avec elle, c’est se faire massacrer au jour le jour par la Beauté, et en rejaillir indéfiniment. C’est être mis à mort pour vivre invincible, si fort dans la peur et si grand dans la faiblesse, qu’il me prend de trembler d’effroi pour ces ennemis qui mettraient un jour du cœur à me nuire.

La musique et son poison de basson sonneront à jamais le cours radieux d’une bataille gagnée d’avance.

Ma bataille, ma réussite. Ma joie infinie.

Féodora

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